Histoire de France · XIXe – XXe siècle · Troisième République

La Troisième République (1ère partie)

De Sedan à la Grande Guerre — 1870 à 1914

1870 – 1914 Laïcité,
école,
empire colonial

Née dans la défaite et la guerre civile, la Troisième République sera le régime le plus long de l'histoire de France depuis 1789 — soixante-dix ans. Elle commence dans le sang et la honte de Sedan ; après la gloire douloureuse de 1918 elle s'achève à nouveau dans la honte en juin 1940. Entre ces dates, elle aura fondé l'école laïque, conquis un empire colonial, traversé l'affaire Dreyfus et séparé l'Église de l'État. C'est sous la IIIe République que la France est devenue durablement républicaine.

Repères 1870 – 1914

Commune de Paris18 mars – 28 mai 1871 · Semaine sanglante
Lois constitutionnelles1875 — fondement de la IIIe République
Crise du 16 mai 1877Mac-Mahon contre la Chambre — République consolidée
Lois Ferry1881–1882 · École gratuite, obligatoire, laïque
Affaire Dreyfus1894–1906 · « J'accuse » de Zola (1898)
Séparation Église/État9 déc. 1905 · Loi fondatrice de la laïcité
Empire colonial2e plus grand empire après la Grande-Bretagne en 1914
Triple Entente1907 · France–Royaume-Uni–Russie

La Naissance Difficile de la République (1870–1875)

Proclamée le 4 septembre 1870 dans l'urgence de la défaite, la Troisième République naît dans des conditions dramatiques. Le gouvernement de la Défense nationale, dirigé par le général Trochu et composé de républicains parisiens, tente de poursuivre la guerre contre la Prusse. Paris est assiégée pendant quatre mois et demi. Léon Gambetta, ministre de l'Intérieur, s'échappe en ballon pour organiser la résistance en province — exploit aéronautique et symbolique. Les armées de province échouent à percer le siège. En janvier 1871, l'armistice est signé.

Les élections du 8 février 1871, organisées rapidement pour constituer une Assemblée nationale capable de ratifier la paix, donnent une majorité écrasante aux monarchistes — les campagnes veulent la paix, et les candidats de la paix sont surtout conservateurs. Cette Assemblée, qui siégera à Versailles, sera pourtant incapable de restaurer la monarchie.

⚔ La Commune de Paris — 18 Mars – 28 Mai 1871

Le 18 mars 1871, quand le gouvernement d'Adolphe Thiers tente de récupérer les canons de la Garde nationale parisienne à Montmartre, la population se soulève. Deux généraux sont lynchés. La Commune de Paris est proclamée. Pendant soixante-douze jours, Paris est gouvernée par un Conseil élu, hétéroclite, qui prend des mesures remarquables : séparation de l'Église et de l'État, école laïque, remise des loyers, gestion ouvrière des ateliers abandonnés.

En mai, les troupes de Versailles entrent dans Paris. La Semaine sanglante (21–28 mai) est d'une violence extrême : 10 000 à 20 000 communards tués, 40 000 arrêtés, 7 000 déportés en Nouvelle-Calédonie. La colonne Vendôme abattue, les Tuileries incendiées. C'est la plus grande répression politique de l'histoire française depuis la Terreur. La Commune devient ensuite le mythe fondateur du mouvement ouvrier international — Marx la salue comme la première expérience de dictature du prolétariat.

Thiers et le Remboursement de la Dette de Guerre

Adolphe Thiers, chef du pouvoir exécutif, réussit un tour de force financier : par deux grands emprunts publics (1871 et 1872) sursouscrit par une population française qui croit à la solidité de son pays, il rembourse les 5 milliards de francs d'indemnité de guerre en deux ans au lieu de trois. Les dernières troupes allemandes quittent le territoire français en septembre 1873 — avant le délai prévu. Ce succès restaure la confiance nationale et offre à la jeune République sa première victoire.

La République s'Affirme (1873–1879)

Les trois familles monarchistes
LégitimistesComte de Chambord (Henri V) — drapeau blanc des Bourbons
OrléanistesComte de Paris — descendants de Louis-Philippe
BonapartistesPrince Napoléon — neveu de Napoléon III
Problème cléChambord refuse le drapeau tricolore — fusion impossible
RésultatLa République survit faute de monarque acceptable

En 1873, la restauration monarchique semble imminente. Une fusion entre légitimistes (partisans du comte de Chambord, petit-fils de Charles X) et orléanistes (partisans du comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe) est négociée. Mais le comte de Chambord refuse catégoriquement d'accepter le drapeau tricolore — symbole de la Révolution — et exige le retour du drapeau blanc des Bourbons. Cette intransigeance est fatale : la France de 1873 ne peut accepter l'effacement de toute l'histoire depuis 1789.

Le comte de Chambord mourra en 1883 sans jamais avoir régné. La République survit par défaut de monarque acceptable — ce que ses partisans appelleront, avec un humour certain, la République des ducs.

🏛 Les Lois Constitutionnelles de 1875 — La République par Défaut

En janvier 1875, l'amendement Wallon — qui inscrit dans la loi constitutionnelle le mot République — est voté à une voix de majorité (353 contre 352). C'est l'une des décisions les plus importantes de l'histoire constitutionnelle française. Les lois constitutionnelles de février et juillet 1875 fondent la Troisième République sur trois piliers : un président de la République élu par les deux chambres pour sept ans, un Sénat (chambre haute, conservatrice) et une Chambre des députés élue au suffrage universel masculin.

Cette architecture, délibérément prudente, donnera à la IIIe République une longévité inattendue. Le Sénat, en particulier, servira de verrou conservateur empêchant les révolutions impulsives de la Chambre.

La Crise du 16 Mai 1877 — La République ou le Régime Personnel

Le président de la République Mac-Mahon, monarchiste, tente de résister à la majorité républicaine élue à la Chambre. Le 16 mai 1877, il renvoie le chef du gouvernement républicain Jules Simon et nomme un ministère conservateur. Il dissout la Chambre — son droit constitutionnel — et organise des élections. Gambetta lance son célèbre avertissement : « Quand le pays aura parlé, il faudra se soumettre ou se démettre. »

Les élections d'octobre 1877 donnent à nouveau une majorité républicaine. Mac-Mahon se soumet — il nommera des ministres républicains. En 1879, il démissionne. Ce précédent est décisif : en France, le président de la République ne dissoudra plus jamais la Chambre pendant 75 ans. Le régime parlementaire est établi — la République devient irréversible.

Jules Ferry et l'École de la République

Jules Ferry
Père de l'école laïque · République coloniale · « Fer de lance »
1832 – 1893 · Président du Conseil 1880–1881, 1883–1885

Jules Ferry est l'une des figures les plus importantes de la IIIe République — et l'une des plus controversées. Avocat républicain qui s'est fait connaître sous l'Empire par ses critiques d'Haussmann (Les Comptes fantastiques d'Haussmann), il est le principal artisan de deux œuvres majeures et contradictoires dans les consciences modernes : l'école laïque et l'expansion coloniale.

Son programme scolaire part d'un constat : l'Église catholique contrôle l'essentiel de l'enseignement primaire en France. Former des citoyens républicains exige de reprendre l'école à l'Église. Entre 1881 et 1886, Ferry fait voter une série de lois qui transforment radicalement le système éducatif. Les hussards noirs de la République — ces instituteurs en vêtements sombres répandus dans les villages de France — deviennent les agents de la diffusion des valeurs républicaines, de la langue française unifiée et du patriotisme anti-allemand.

Son œuvre coloniale est tout aussi considérable et beaucoup plus controversée. Il justifie la colonisation par trois arguments : économique (débouchés pour l'industrie), stratégique (puissance nationale) et « civilisateur » (mission de la France envers les peuples qu'il juge inférieurs). Cette dernière justification heurte profondément Clemenceau, qui lui reproche de créer des droits de l'homme à géométrie variable.

5 avr. 1832, Saint-Dié (Vosges)
École gratuiteLoi du 16 juin 1881
École laïqueLoi du 28 mars 1882
Instituteurs laïquesLoi du 30 oct. 1886
ColonisationTunisie 1881 · Indochine 1883–85
Mort17 mars 1893
🎓
École gratuite
16 juin 1881
L'école primaire publique est gratuite. Les familles pauvres ne paient plus de frais de scolarité. Condition préalable à la scolarisation universelle.
📚
École obligatoire & laïque
28 mars 1882
L'instruction est obligatoire de 6 à 13 ans. Le crucifix est retiré des salles de classe. L'enseignement religieux sort des horaires scolaires.
👨‍🏫
Instituteurs laïques
30 octobre 1886
Les instituteurs des écoles publiques doivent être laïques — les congréganistes (frères, sœurs) sont progressivement remplacés par des fonctionnaires civils.
🏫
Écoles normales
1879–1886
Chaque département reçoit une école normale d'instituteurs et une d'institutrices. La formation des maîtres est unifiée et républicanisée. Les hussards noirs sont formés.
👩‍🎓
Enseignement féminin secondaire
21 décembre 1880
Loi Camille Sée — création de lycées de jeunes filles laïcs. Première fois que l'État français organise un enseignement secondaire pour les femmes.
📖
Liberté de l'enseignement supérieur
1875
L'enseignement supérieur est libéralisé — les universités catholiques peuvent s'ouvrir. Mais les universités d'État sont renforcées et modernisées, notamment à Paris (Sorbonne rénovée).

📖 Les « Hussards Noirs » de la République

L'expression — popularisée par l'écrivain Charles Péguy — désigne ces dizaines de milliers d'instituteurs qui, de 1882 à 1914, enseignent dans les villages et hameaux de France. Noirs de vêtements, sévères d'aspect, ils sont les soldats pacifiques de la République. Ils apprennent à lire, écrire, compter — mais aussi à aimer la France, à honorer la République, à comprendre que l'Alsace-Lorraine doit revenir à la mère patrie.

Ils enseignent le français dans des régions où le breton, le basque, l'occitan, le flamand ou l'alsacien sont encore les langues du quotidien. Cette uniformisation linguistique, souvent brutale pour les cultures régionales, est aussi une unification nationale profonde. En 1914, les paysans français qui marchent à la guerre comprennent tous le même français — ce qui n'était pas le cas en 1870.

Cartes — La France et son Empire Colonial

Géopolitique de la IIIe République

Europe des alliances & Empire colonial (1870–1914)

All. franco-russe 1892 Entente cordiale 1904 Crise Tanger 1905 FRANCE ALLEMAGNE Angleterre Russie Autriche Espagne Belgique Alsace-Lorraine ★ Paris ●
FRANCE ALGÉRIE Tunisie Afrique occid. française Congo fr. Madagascar Indochine Antilles Inde br. Canada (br.) Australie (br.) Proche-Orient

Légende

France
Alsace-Lorraine (annexée par l'Allemagne)
Empire allemand
Grande-Bretagne
Russie (alliée après 1892)
Autres États
En 1871, la France humiliée a perdu l'Alsace-Lorraine au profit de l'Allemagne unifiée. Elle est diplomatiquement isolée. La revanche est dans tous les esprits — mais la France cherche d'abord des alliés.

Cartes schématiques à visée pédagogique

L'Empire Colonial — La Gloire et le Paradoxe

🌍 Le Deuxième Empire Colonial Français

Sous Jules Ferry et ses successeurs, la France construit le deuxième empire colonial mondial, derrière la Grande-Bretagne. En 1914, elle contrôle environ 10 millions de km² et 50 millions de sujets : Algérie (depuis 1830), Tunisie (protectorat 1881), Maroc (protectorat 1912), Afrique occidentale française (Sénégal, Guinée, Côte d'Ivoire, Niger…), Afrique équatoriale française, Madagascar (1896), Indochine (Vietnam, Cambodge, Laos — 1883–1893), Nouvelle-Calédonie, les Antilles, la Guyane, la Polynésie française.

Le débat est vif en France. Ferry justifie la colonisation par trois arguments : les débouchés commerciaux pour l'industrie française, les nécessités stratégiques de la puissance nationale, et la mission civilisatrice de la France — argument que ses contemporains et la postérité jugeront sévèrement. Clemenceau lui répond à la Chambre : « Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Je n'admets pas que des races supérieures aient un droit sur des races inférieures. » Ferry faillit être renversé après un revers militaire au Tonkin (1885) — l'opinion populaire est souvent hostile à des guerres coloniales coûteuses.

La Crise Boulangiste (1886–1889) — Le Péril Césarien

Le général Georges Boulanger, nommé ministre de la Guerre en 1886, devient en quelques mois le personnage le plus populaire de France. Réformateur, dynamique, il fait moderniser l'armée et laisse pousser une barbe soignée. Le peuple des faubourgs, les nationalistes anti-allemands, les monarchistes qui espèrent un homme fort, les mécontents de tout bord — tous voient en lui leur champion. Il est surnommé le général Revanche.

En janvier 1889, après sa victoire écrasante à une élection partielle à Paris, il aurait pu marcher sur l'Élysée. Tout le monde s'y attendait — y compris ses partisans qui l'attendaient sur la place de la Madeleine. Il hésita, rentra chez sa maîtresse. L'occasion passa. Le gouvernement républicain, qui s'était cru perdu, réagit avec vigueur : Boulanger est menacé de procès pour trahison, il s'exile en Belgique. Son mouvement s'effondre. En 1891, il se suicidera sur la tombe de sa maîtresse à Bruxelles. La République, une fois de plus, avait survécu à la tentation du sauveur providentiel.

L'Affaire Dreyfus — La France Déchirée (1894–1906)

L'Affaire Dreyfus
Erreur judiciaire · Antisémitisme · « J'Accuse » · La République réaffirmée
1894 – 1906

En octobre 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier d'artillerie juif alsacien, est accusé d'avoir livré des documents militaires à l'Allemagne. Condamné sur la base d'un faux, il est dégradé publiquement et déporté à l'île du Diable (Guyane). Le vrai espion est le commandant Esterhazy — fait connu de la hiérarchie militaire, qui préfère couvrir l'erreur plutôt qu'admettre s'être trompée.

L'affaire divise la France en deux camps qui vont bien au-delà de la culpabilité d'un homme. Les dreyfusards (Zola, Clemenceau, Jaurès, Anatole France, Proust) défendent la révision du procès au nom du droit et de la justice individuelle. Les antidreyfusards (l'Église, l'armée, la droite nationaliste, La Libre Parole de Drumont) défendent l'honneur de l'armée et laissent libre cours à un antisémitisme virulent.

Le 13 janvier 1898, Émile Zola publie dans L'Aurore sa lettre ouverte au président de la République : « J'accuse… » Il y accuse nommément les officiers et juges responsables du complot. Zola est condamné pour diffamation et s'exile en Angleterre. Mais l'affaire est désormais nationale. Dreyfus est finalement réhabilité en 1906 par la Cour de cassation. Il reprend du service et sera décoré de la Légion d'honneur.

ArrestationOct. 1894
Dégradation5 janv. 1895, École militaire
Île du DiableGuyane — déportation
J'accuse13 janv. 1898 — Zola, L'Aurore
Réhabilitation12 juil. 1906, Cour de cassation
ConséquenceNaissance du mouvement sioniste (Herzl)

⚜ L'Affaire Dreyfus — Les Conséquences Durables

L'affaire Dreyfus est un moment fondateur de la démocratie française. Elle révèle la puissance de la presse libre et des intellectuels engagés (le mot intellectuel entre dans la langue politique française avec le J'accuse). Elle accélère la séparation de l'Église et de l'État (1905), car l'Église s'est majoritairement rangée du côté antidreyfusard. Elle fonde la Ligue des droits de l'homme (1898), toujours active. Elle inspire enfin Théodore Herzl, journaliste viennois présent à Paris lors de la dégradation de Dreyfus : choqué par les cris antisémites de la foule, il écrira L'État juif (1896), acte fondateur du mouvement sioniste.

La Séparation des Églises et de l'État — 9 Décembre 1905

🏛 La Loi de 1905 — Le Pilier de la République

La loi du 9 décembre 1905, rédigée par le socialiste Aristide Briand et portée par le radical Émile Combes, est l'aboutissement de trente ans de laïcisation progressive. Elle établit trois principes fondamentaux : la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ; elle garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes ; les lieux de culte appartenant aux collectivités publiques restent à la disposition des associations cultuelles gratuitement.

L'Église catholique, d'abord hostile, finira par s'accommoder de la loi. Elle permet aux catholiques de pratiquer librement leur foi tout en les libérant de la tutelle de l'État — la condition concordataire était une épée à double tranchant. Paradoxalement, la séparation renforcera à terme l'indépendance de l'Église vis-à-vis du pouvoir politique.

La loi de 1905 reste aujourd'hui l'un des textes les plus structurants de la République française. Son interprétation est constamment discutée — elle fait l'objet de débats vifs au XXIe siècle, notamment sur la visibilité des religions dans l'espace public.

Économie et Société — La Belle Époque

La période 1871–1914 est celle que les contemporains, avec la distance du traumatisme de 1914–1918, appelleront rétrospectivement la Belle Époque. La France est une puissance économique majeure, créatrice dans les arts, les sciences et la technologie. Paris est la capitale culturelle mondiale — Impressionnisme, Art Nouveau, Académie Goncourt, Lumière, Pasteur, Curie.

Louis Pasteur révolutionne la médecine par la découverte des microbes et des vaccins (vaccin contre la rage, 1885). Marie Curie découvre le polonium et le radium, reçoit deux prix Nobel (physique 1903, chimie 1911). Les frères Lumière inventent le cinématographe (1895). Louis Blériot traverse la Manche en avion (1909). La Tour Eiffel (1889) et le métro parisien (1900) symbolisent la modernité industrielle française.

Mais cette prospérité cache des fractures sociales réelles. Le mouvement ouvrier s'organise — la CGT (Confédération Générale du Travail) est fondée en 1895. Les grèves se multiplient. Jean Jaurès unit les socialistes en un parti unifié (SFIO, 1905) et milite pour la paix internationale jusqu'à son assassinat le 31 juillet 1914, veille de la mobilisation.

Les Alliances et la Marche vers 1914

Après 1871, la France est diplomatiquement isolée — Bismarck a tout fait pour la priver d'alliés. La rupture de cette solitude est l'objectif prioritaire de la diplomatie française. L'alliance franco-russe (1892–1894) est le premier succès : deux États aux régimes opposés (République bourgeoise et Empire autocratique) s'unissent face à la menace allemande. L'Entente cordiale avec la Grande-Bretagne (1904) résout les litiges coloniaux (Égypte-Maroc) et rapproche les deux puissances. La Triple Entente (1907), incluant la Russie, fait face à la Triple Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie).

Les crises marocaines — Tanger (1905) et Agadir (1911) — opposent directement la France et l'Allemagne. Elles renforcent les alliances et habituent les opinions publiques à l'idée d'un conflit prochain. La mort de Jaurès le 31 juillet 1914, l'invasion de la Belgique et la mobilisation générale le 3 août précipitent la France dans la guerre que quatre ans de tranchées convertiront en carnage.

Je n'emporterai pas, sur le bord de la tombe, le désespoir de croire que l'Europe va sombrer dans la barbarie.

— Jean Jaurès, juillet 1914, quelques jours avant son assassinat

Bilan — La République Enracinée

4 sept. 1870

IIIe République proclamée après Sedan. Née dans la défaite.Fondation

18 mars – mai 1871

Commune de Paris · Semaine sanglante · 10 000–20 000 morts.Commune

1871–1873

Thiers rembourse l'indemnité de guerre en 2 ans. Troupes allemandes partent.Reconstruction

30 janv. 1875

Amendement Wallon — « République » inscrit dans la Constitution à 1 voix.Constitution

1877

Crise du 16 mai — Mac-Mahon battu. Primauté parlementaire établie.Consolidation

1881–1882

Lois Ferry — école gratuite, obligatoire, laïque. Les « hussards noirs ».Laïcité

1881–1885

Tunisie, Indochine — expansion coloniale majeure sous Jules Ferry.Empire

1886–1889

Crise boulangiste — tentation du César. Boulanger hésite, s'exile, se suicide.Crise

1892

Alliance franco-russe — fin de l'isolement diplomatique.Diplomatie

1894–1906

Affaire Dreyfus — J'accuse (1898). Réhabilitation 1906. France déchirée.Affaire Dreyfus

1900

Métro de Paris inauguré. Exposition universelle. 50 millions de visiteurs.Belle Époque

9 déc. 1905

Séparation des Églises et de l'État — pilier définitif de la laïcité républicaine.Laïcité 1905

1904–1907

Entente cordiale (1904) · Triple Entente (1907) — alliances face à l'Allemagne.Alliances

1911

Agadir — crise franco-allemande. L'Europe au bord de la guerre.Tension

31 juil. 1914

Assassinat de Jaurès. 3 août : l'Allemagne déclare la guerre à la France.Grande Guerre

⚜ Le Paradoxe de la IIIe République

La République la plus durable est née dans les pires conditions — défaite militaire, guerre civile, majorité parlementaire monarchiste. Elle a survécu à quatre grandes crises (la restauration monarchique avortée, le boulangisme, l'affaire Dreyfus, la séparation de l'Église) et en est sortie renforcée à chaque fois.

Ses grandes œuvres durables : l'école laïque publique (toujours le socle du système éducatif français), la loi de 1905 sur la séparation (principe constitutionnel depuis 1946), les institutions parlementaires, les droits syndicaux, l'alliance franco-britannique qui survivra aux deux guerres mondiales.

Ses zones d'ombre : la colonisation et ses violences, l'antisémitisme révélé par l'affaire Dreyfus, les inégalités sociales de la Belle Époque masquées sous le vernis de la prospérité, et l'incapacité finale à éviter la guerre de 1914 qui coûtera à la France 1,4 million de morts et brisera définitivement la Belle Époque.

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