Histoire de France · 1789 – 1799 · Révolution & République

La Révolution Française

De la prise de la Bastille au 18 Brumaire — 1789 à 1799

1789 – 1799 Dix ans qui
changèrent
le monde

En dix années — de juillet 1789 à novembre 1799 — la France détruit un ordre millénaire et invente la politique moderne. La Révolution française n'est pas seulement l'affaire d'un peuple : elle remodèle l'Europe entière, diffuse des idées qui fondent les démocraties contemporaines, et engendre des violences qui hantent encore les consciences. De la liesse de la Bastille à la guillotine de Robespierre, de Valmy aux grenades de Saint-Cloud, cette décennie est la matrice du monde dans lequel nous vivons.

Repères 1789 – 1799

14 juillet 1789Prise de la Bastille — début de la Révolution
26 août 1789Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
21 sept. 1792Proclamation de la République
21 janv. 1793Exécution de Louis XVI
Terreur1793–1794 — ~17 000 condamnés à mort officiels
9 Thermidor27 juillet 1794 — chute de Robespierre
Directoire1795–1799 — instabilité chronique
18 Brumaire9 nov. 1799 — coup d'État de Bonaparte
1789–1792 Monarchie constitutionnelle Espoir & réformes
1792–1793 Convention girondine Guerre & République
1793–1794 Convention montagnarde Terreur & salut public
1794–1795 Thermidor Réaction & transition
1795–1799 Directoire Impasse & coup d'État

Les Causes — Un Système à Bout

La société d'ordres en 1789
Clergé~130 000 pers. · 1er ordre · exempt d'impôts
Noblesse~350 000 pers. · 2e ordre · nombreux privilèges
Tiers État>97 % population. · paie les impôts
Dette royaleService = 60 % des recettes en 1788
Déficit 1789126 millions de livres
Récolte 1788Catastrophique — famine partielle

En 1789, la monarchie française est prise dans une triple crise qui s'auto-alimente. La crise financière d'abord : l'État est au bord de la faillite. Le service de la dette absorbe 60 % des recettes. Les causes sont cumulatives — les guerres de Louis XIV, la guerre de Sept Ans, l'aide à l'Amérique — mais la cause immédiate est l'impossibilité de taxer les privilégiés. Chaque tentative de réforme fiscale a été bloquée par les Parlements et les États provinciaux depuis 1776.

La crise sociale ensuite. La société d'ordres craque sous la pression d'une bourgeoisie enrichie par le commerce colonial qui n'accepte plus d'être exclue des décisions politiques. Les idées des Lumières — Montesquieu sur la séparation des pouvoirs, Rousseau sur la souveraineté populaire, Voltaire sur la tolérance — ont miné depuis des décennies la légitimité intellectuelle de l'absolutisme.

La crise conjoncturelle enfin : l'hiver 1788–1789 est l'un des plus froids du siècle. Les récoltes ont été catastrophiques. Le prix du pain dépasse la moitié du salaire journalier d'un ouvrier. Le peuple a faim — et il a des idées. L'alchimie révolutionnaire est en place.

Les États Généraux et la Naissance de l'Assemblée Nationale

Le 5 mai 1789, les États généraux s'ouvrent à Versailles en grande pompe — ils ne s'étaient pas réunis depuis 1614. Quelque 1 200 députés sont présents : 291 du clergé, 270 de la noblesse, 578 du Tiers État. Dès le début, la question du mode de vote bloque tout. Le Tiers réclame le vote par tête (qui donnerait la majorité au Tiers si quelques libéraux du clergé et de la noblesse le rejoignent) ; la noblesse et le clergé veulent voter par ordre (deux contre un garantit leur victoire systématique).

La dispute dure six semaines. Le 17 juin, les représentants du Tiers — rejoints par quelques curés — se proclament unilatéralement Assemblée nationale. C'est un acte révolutionnaire : pour la première fois, des représentants du peuple affirment détenir la souveraineté nationale contre la volonté du roi.

⚜ Le Serment du Jeu de Paume — 20 Juin 1789

Le 20 juin, les députés trouvent leur salle fermée — Louis XVI a convoqué une séance royale pour remettre de l'ordre. Ils se déplacent dans la salle du Jeu de Paume voisine. Sur proposition de l'astronome Bailly, premier président de l'Assemblée, ils prêtent le Serment du Jeu de Paume : ils jurent collectivement de « ne jamais se séparer avant d'avoir donné une Constitution à la France ».

Tableau immortalisé par Jacques-Louis David, ce serment est le moment fondateur de la démocratie représentative française. Louis XVI tente le 23 juin de reprendre la main lors d'une séance royale. Le comte de Mirabeau répond au grand chambellan venu demander la dissolution : « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu'on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes. »

Le 14 Juillet 1789 — La Bastille

Le 11 juillet, Louis XVI renvoie le populaire ministre des finances Necker. La nouvelle se répand dans Paris comme une traînée de poudre. Des troupes royales se massent autour de la capitale. Le peuple parisien interprète ces mouvements comme la préparation d'un coup de force contre l'Assemblée. Le 12 juillet, le journaliste Camille Desmoulins harangue la foule au Palais-Royal, une feuille de marronnier à la boutonnière : « Aux armes, citoyens ! »

Le 14 juillet au matin, la foule s'empare des Invalides pour y prendre des armes. L'après-midi, elle marche sur la Bastille — vieille forteresse royale, prison d'État symbole de l'arbitraire monarchique. Le gouverneur De Launay négocie, puis cède après quelques heures de siège et quelques victimes. Il est tué dans la mêlée, sa tête promenée sur une pique. La Bastille ne contient que sept prisonniers, dont quatre faussaires et deux fous. Mais son symbolisme est total.

C'est une révolte ?
— Non, Sire, c'est une révolution.

— Échange entre Louis XVI et le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, nuit du 14 juillet 1789

Louis XVI se rend à Paris le 17 juillet, coiffe la cocarde tricolore — bleu et rouge de Paris, blanc des Bourbons — et légitime ainsi la révolution. La Cour comprend que quelque chose d'irréversible vient de se produire. Les premières grandes émigrations commencent : le comte d'Artois, frère du roi, quitte la France dès le 17 juillet.

L'Été 1789 — La Destruction de l'Ancien Régime

La révolution ne reste pas à Paris. Dans les campagnes, des rumeurs d'un complot aristocratique — brigands aux ordres des seigneurs qui viendraient brûler les récoltes — provoquent la Grande Peur (juillet–août 1789). Les paysans s'arment, attaquent les châteaux, brûlent les chartriers seigneuriaux qui contiennent les titres des droits féodaux. La société rurale se soulève spontanément.

⚜ La Nuit du 4 Août 1789 — L'Abolition du Féodalisme

Dans une séance mémorable de l'Assemblée constituante, la nuit du 4 au 5 août, les nobles et les ecclésiastiques rivalisent d'éloquence et de générosité pour renoncer à leurs privilèges. La dîme ecclésiastique, les droits seigneuriaux, la vénalité des offices, les privilèges des provinces — tout disparaît en quelques heures dans un élan d'enthousiasme collectif que les historiens ont longtemps débattu entre sacrifice sincère et manœuvre défensive.

C'est l'un des moments les plus extraordinaires de l'histoire politique : une classe dirigeante qui vote symboliquement sa propre fin. Le lendemain, l'Assemblée déclare que « le régime féodal est entièrement détruit ».

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen — 26 Août 1789

Adoptée le 26 août 1789, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est l'un des textes fondateurs de la démocratie moderne. Inspirée de la Déclaration d'indépendance américaine (1776) et des Lumières, elle pose les principes qui guident encore les démocraties du XXIe siècle.

I
Égalité naturelle : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
II
Droits naturels : Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme — liberté, propriété, sûreté, résistance à l'oppression.
III
Souveraineté nationale : Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.
VII
Légalité des peines : Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi. La présomption d'innocence est garantie.
X
Liberté de conscience : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.
XI
Liberté de presse : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme. Tout citoyen peut parler, écrire, imprimer librement.

La Monarchie Constitutionnelle (1789–1792)

L'Assemblée constituante (1789–1791) réorganise entièrement la France : abolition des provinces et création des départements (83 départements de taille égale, baptisés d'après leurs caractéristiques géographiques — une révolution administrative qui survivra à tous les régimes) ; réorganisation de la justice ; Constitution civile du clergé (les prêtres deviennent fonctionnaires élus, les biens de l'Église nationalisés et vendus comme biens nationaux).

La Constitution de 1791 établit une monarchie constitutionnelle : Louis XVI conserve l'exécutif et un veto suspensif, mais le pouvoir législatif appartient à l'Assemblée. La France est le premier grand État continental à se doter d'une constitution écrite. Le roi accepte officiellement — mais ses lettres secrètes à l'Autriche montrent qu'il espère un retournement militaire étranger.

⚔ La Fuite à Varennes — 20–21 Juin 1791

Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, la famille royale tente de fuir Paris déguisée en domestiques d'une riche voyageuse russe (la baronne de Korff). Louis XVI est reconnu à Varennes-en-Argonne par le maître de poste Jean-Baptiste Drouet, qui avait vu le profil royal sur une pièce de monnaie. La famille est arrêtée et ramenée à Paris sous les regards silencieux et hostiles de la foule — aucun acclamation, aucun geste, un silence de mort.

La fuite à Varennes est un tournant irréversible. Elle confirme que Louis XVI n'accepte pas sincèrement la Révolution et cherche à restaurer son autorité avec l'aide de l'étranger. La confiance entre le roi et la nation est brisée. Le mot républicain s'installe dans le vocabulaire politique. Le retour forcé transforme une monarchie constitutionnelle en prison dorée.

La Guerre et la Chute de la Monarchie

En avril 1792, l'Assemblée législative déclare la guerre à l'Autriche — au grand soulagement de Louis XVI qui espère que les armées étrangères écraseront la Révolution. Les débuts sont catastrophiques : l'armée française est désorganisée, ses officiers (nobles) ont émigré en masse. Les Prussiens entrent en campagne. Le manifeste de Brunswick (25 juillet 1792), qui menace Paris de « vengeance exemplaire » si la famille royale est molestée, radicalise l'opinion parisienne au lieu de l'intimider.

Le 10 août 1792, les fédérés marseillais et parisiens (les futurs sans-culottes) prennent d'assaut les Tuileries. La garde suisse se bat héroïquement — 600 gardes tués. Louis XVI se réfugie à l'Assemblée, qui suspend ses pouvoirs. La monarchie est de fait renversée. La famille royale est emprisonnée au Temple.

Carte — La France Révolutionnaire et ses Ennemis

Géopolitique révolutionnaire

De la Monarchie à la République en guerre

Bastille 1789 Varennes 1791 Valmy 1792 Vendée 1793 Toulon 1793 Fleurus 1794 St-Cloud 1799 FRANCE Angleterre Autriche (Empire) Espagne Prusse Russie Pays-Bas aut. Italie Paris ●

Légende

France / République française
Conquêtes révolutionnaires
Coalition anti-française
Grande-Bretagne
Zone insurrectionnelle (Vendée)
États neutres
Victoire française
Crise / Événement majeur
Insurrection intérieure
En 1789, la France est une monarchie constitutionnelle entourée de monarchies hostiles qui observent avec inquiétude. L'Autriche et la Prusse s'apprêtent à intervenir. La Grande-Bretagne reste pour l'instant spectatrice.

Carte schématique · Représentation simplifiée des zones d'influence et de conflit

Valmy et la Proclamation de la République

✦ Valmy — 20 Septembre 1792 — « Une ère nouvelle »

Le 20 septembre 1792, les armées prussiennes et autrichiennes commandées par le duc de Brunswick avancent vers Paris. À Valmy, en Champagne, les canonniers français du général Kellermann et l'armée de Dumouriez leur font face. La bataille est d'abord un duel d'artillerie. Les Prussiens, certains d'une victoire facile, lancent une attaque d'infanterie — les soldats français, simples citoyens levés par la patrie, tiennent bon. Brunswick, stupéfait, ordonne le repli.

Valmy n'est pas une grande bataille — peu de morts de part et d'autre. Mais sa signification politique est immense. Goethe, présent dans l'armée prussienne, note dans son journal : « De ce lieu et de ce jour date une ère nouvelle dans l'histoire du monde. » Pour la première fois, une armée de citoyens — sans aristocrates aux états-majors, sans mercenaires — a arrêté les meilleurs soldats professionnels d'Europe.

Le lendemain, 21 septembre 1792, la Convention nationale abolit la monarchie et proclame la République. Pour la première fois depuis Hugues Capet (987), la France n'est plus un royaume. L'an I de la République commence.

Le Procès et l'Exécution de Louis XVI

En novembre 1792, une armoire de fer est découverte derrière un boiserie des Tuileries, contenant des preuves de la correspondance secrète de Louis XVI avec les ennemis de la Révolution. La trahison est documentée. La Convention vote son procès.

Le procès s'ouvre le 10 décembre 1792. Louis XVI est défendu par l'avocat de Sèze et par le vieux Malesherbes, qui accepte cette mission au péril de sa vie. La Convention vote la mort à une majorité de 387 contre 334 (72 voix pour un sursis). Parmi ceux qui votent la mort se trouve son cousin, Philippe Égalité (duc d'Orléans).

⚔ 21 Janvier 1793 — Place de la Révolution

Le 21 janvier 1793, Louis XVI — désormais citoyen Louis Capet — est conduit en carrosse à la guillotine sur la Place de la Révolution (actuelle Place de la Concorde). Il tente de prononcer un discours depuis l'échafaud : « Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute. Je pardonne à ceux qui sont les auteurs de ma mort. » Les tambours couvrent sa voix. La tête tombe. Des spectateurs trempent leurs mouchoirs dans le sang royal.

L'exécution de Louis XVI a des conséquences géopolitiques immédiates : la Grande-Bretagne, l'Espagne et les Pays-Bas rejoignent la coalition. La France révolutionnaire se retrouve en guerre contre presque toute l'Europe. La rupture avec l'ordre monarchique est désormais irréversible.

La Convention et la Terreur (1793–1794)

Au printemps 1793, la République est menacée de toutes parts. La coalition européenne (Autriche, Prusse, Angleterre, Espagne, Piémont) enfonce les frontières. En Vendée, une insurrection paysanne et royaliste s'étend en guerre civile meurtrière. Les villes de Lyon, Bordeaux, Marseille et Toulon se soulèvent contre Paris au nom du fédéralisme. Toulon livre son port à la flotte anglaise.

Face à cette crise totale, la Convention montagnarde — dominée par les Jacobins — instaure le gouvernement révolutionnaire : le Comité de salut public, organe de douze membres, prend les pleins pouvoirs. Il lève la levée en masse (23 août 1793) — pour la première fois de l'histoire, toute une nation est mobilisée pour la guerre. 750 000 soldats sous les armes.

Maximilien de Robespierre
« L'Incorruptible » · Comité de salut public · La Terreur
1758 – 1794

Avocat artésien, élu aux États généraux, Robespierre est l'une des figures les plus complexes et les plus controversées de la Révolution. Son surnom d'Incorruptible — il vit modestement chez un menuisier du faubourg Saint-Honoré, refuse tous les pots-de-vin — lui vaut une autorité morale considérable. Orateur laborieux mais précis, il défend les droits des pauvres et des sans-culottes bien avant que ce soit populaire.

Inspiré de Rousseau, il croit à la vertu républicaine comme fondement de la démocratie. Pour lui, la Terreur est une nécessité temporaire imposée par les circonstances : « La Terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu. » Cette logique — la violence au service d'un idéal — est l'une des matrices idéologiques les plus dangereuses de l'histoire moderne.

Il fait exécuter les Hébertistes (trop radicaux) puis les Indulgents de Danton (trop modérés). Isolé, soupçonnant tout le monde, il prépare en Thermidor une nouvelle vague d'épurations qui effraie ses collègues de la Convention. La coalition Thermidorienne l'emporte dans la nuit du 9 au 10 Thermidor.

6 mai 1758, Arras
FormationAvocat, élève de Louis-le-Grand
CSPComité de salut public 1793–94
GuillotinésHébert, Danton, Desmoulins
Guillotiné28 juillet 1794 (10 Thermidor)

⚔ La Terreur — Chiffres et Réalités

Entre septembre 1793 et juillet 1794, le Tribunal révolutionnaire condamne à mort environ 17 000 personnes officiellement. Les estimations des morts dans les massacres, les noyades de Nantes (les mariages républicains du général Carrier), les fusillades de Lyon (les mitraillades de Fouché) et la guerre de Vendée portent le total à 40 000 à 50 000 morts dans les violences révolutionnaires.

Les victimes ne sont pas seulement des nobles et des prêtres : 70 % des condamnés par le Tribunal révolutionnaire appartiennent au Tiers État. Parmi les têtes les plus célèbres : Marie-Antoinette (16 octobre 1793), le chimiste Lavoisier (« La République n'a pas besoin de savants »), la poète André Chénier, et des centaines d'anciens révolutionnaires de la première heure.

En contrepartie — et c'est ce qui donne à la Terreur sa logique tragique — les armées de la République sauvent la Révolution. La levée en masse permet de repousser les coalitions. La victoire de Fleurus (26 juin 1794) ouvre la Belgique. La Vendée est en partie pacifiée.

9 Thermidor — La Fin de la Terreur

Le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794), la Convention se retourne contre Robespierre. Une coalition hétéroclite — des terroristes corrompus qui craignent d'être les prochains (Fouché, Tallien, Barras), des modérés, des Marais longtemps silencieux — l'interrompt en séance et le fait arrêter. Blessé à la mâchoire dans une confusion de la nuit (tentative de suicide ou coup de pistolet ?), il est guillotiné le 28 juillet avec Saint-Just et vingt compagnons.

La réaction thermidorienne libère les prisons, ferme le Tribunal révolutionnaire, rappelle les conventionnels proscrits. Elle inaugure aussi une revanche sociale : les muscadins, jeunes bourgeois royalisants, traquent les anciens terroristes dans les rues. La presse retrouve une liberté qu'elle n'avait plus depuis 1793. La Jeunesse dorée impose sa loi dans les cafés et les théâtres.

Le Directoire — L'Impasse Institutionnelle (1795–1799)

Le Directoire (1795–1799)
Cinq directeurs · Instabilité chronique · En attente d'un homme fort
Constitution de l'an III · 27 octobre 1795 – 9 nov. 1799

La Constitution de l'an III (1795) met en place un régime délibérément complexe pour éviter à la fois la dictature (souvenir de Robespierre) et le retour de la monarchie. Le pouvoir exécutif est confié à cinq Directeurs, renouvelés par tiers chaque année, choisis par les Conseils (les Anciens et les Cinq-Cents). Ce dispositif crée une paralysie structurelle.

Le Directoire survit grâce à une série de coups d'État légaux : le 18 Fructidor an V (1797), il annule des élections favorables aux royalistes avec l'aide de l'armée de Bonaparte ; en 1798, il annule des élections favorables aux jacobins. La légitimité électorale est vidée de son sens. L'instabilité financière (banqueroute des deux tiers en 1797), les guerres continues, la corruption visible des directeurs — particulièrement Barras, figure emblématique du régime — discréditent le gouvernement.

Beaucoup de républicains sincères et de notables cherchent un épée pour stabiliser la situation. Ils pensent pouvoir utiliser un général populaire, le contrôler puis le renvoyer quand l'ordre sera rétabli. Ils se trompent.

DirecteursBarras · Sieyès · Gohier · Moulin · Ducos
Coup 179718 Fructidor — élections annulées
BanquerouteSept. 1797 — 2/3 de la dette effacés
CorruptionBarras vend nominations et marchés
Fin18 Brumaire an VIII — 9 nov. 1799

Bonaparte — L'Ascension Fulgurante

Napoléon Bonaparte
Campagne d'Italie · Égypte · 18 Brumaire
né 1769, Ajaccio · général en chef 1796

Né en 1769 à Ajaccio — la Corse vient d'être cédée à la France par Gênes, un an avant sa naissance —, Napoléon Bonaparte entre à l'École militaire de Paris à dix ans. Officier d'artillerie, il se distingue lors du siège de Toulon (1793) en proposant le plan qui força les Anglais à évacuer le port. Repéré par les représentants en mission, protégé par Barras, il devient général de brigade à 24 ans.

La campagne d'Italie (1796–1797) est un chef-d'œuvre militaire. À la tête d'une armée dépenaillée et affamée des Alpes, il remporte en moins d'un an une série de victoires (Montenotte, Lodi, Arcole, Rivoli) qui chassent les Autrichiens d'Italie du nord et lui permettent de dicter la paix de Campo-Formio. La France conquiert la Belgique et obtient la rive gauche du Rhin. Bonaparte rentre en France en héros — le plus populaire de tous les généraux.

La campagne d'Égypte (1798–1799) est militairement brillante à terre (victoire des Pyramides, prise du Caire) mais catastrophique en mer : Nelson détruit la flotte française à Aboukir (1er août 1798). Bloqué en Égypte, Bonaparte abandonne son armée en août 1799 et rentre clandestinement en France, où la situation politique est mûre pour son coup d'État.

Toulon1793 — 1ère distinction
Italie1796–97 · Campo-Formio
Égypte1798–99 · Pyramides · Aboukir
ScienceCommission scientifique — découverte de la Pierre de Rosette
RetourAoût 1799, fuit l'Égypte

⚜ Le 18 Brumaire an VIII — 9 Novembre 1799

Avec l'appui de Sieyès (théoricien de la Révolution, directeur), de son frère Lucien (président des Cinq-Cents) et du général Moreau, Bonaparte organise son coup d'État. Les assemblées sont transférées au château de Saint-Cloud sous prétexte d'un complot jacobin imaginaire. Le 10 novembre, quand Bonaparte se présente devant les Cinq-Cents, il est hué et presque lynché — il sort hagard, incapable de parler. C'est Lucien qui sauve la situation en envoyant des grenadiers disperser la salle.

Le Directoire est renversé. Une commission provisoire rédige en quelques jours la Constitution de l'an VIII : trois consuls, mais le Premier consul — Napoléon Bonaparte — concentre l'essentiel du pouvoir. « La Révolution est fixée aux principes qui lui ont donné naissance. Elle est finie. »

Bilan — Ce que la Révolution a construit

En dix ans, la Révolution française a plus transformé la France que les dix siècles précédents. Ce qui disparaît est irréversible ; ce qui est construit est fondateur.

5 mai 1789

États généraux — réunis pour la première fois depuis 1614.Fondateur

20 juin 1789

Serment du Jeu de Paume — Assemblée nationale constituée.Constitution

14 juillet 1789

Prise de la Bastille — début symbolique de la Révolution.Rupture

4 août 1789

Nuit du 4 août — abolition des privilèges féodaux.Révolution sociale

26 août 1789

Déclaration des droits de l'homme — texte fondateur des démocraties modernes.Fondateur

20–21 juin 1791

Fuite à Varennes — confiance brisée entre le roi et la nation.Tournant

Avril 1792

Déclaration de guerre à l'Autriche. La France entre en guerre contre l'Europe.Guerre

10 août 1792

Chute des Tuileries — la monarchie est suspendue.Chute

20 sept. 1792

Valmy — première victoire de l'armée républicaine.Victoire

21 sept. 1792

Proclamation de la République — fin de la monarchie après 800 ans.Fondateur

21 janv. 1793

Exécution de Louis XVI — rupture irréversible avec l'Europe monarchique.Terreur

1793–1794

La Terreur — ~40 000 morts. Comité de salut public. Levée en masse.Terreur

26 juin 1794

Fleurus — victoire décisive, Belgique conquise.Victoire

27 juil. 1794

9 Thermidor — chute de Robespierre. Fin de la Terreur.Thermidor

1796–1797

Campagne d'Italie de Bonaparte — série de victoires. Campo-Formio.Bonaparte

9 nov. 1799

18 Brumaire — coup d'État de Bonaparte. Fin de la Révolution, début du Consulat.Fin

⚜ L'Héritage de la Révolution — Ce qui reste

Ce qui disparaît définitivement : la monarchie absolue, la société d'ordres, les privilèges fiscaux de la noblesse et du clergé, la vénalité des offices, les provinces remplacées par les départements, la dîme et les droits féodaux.

Ce qui est créé durablement : l'égalité civile devant la loi, la souveraineté nationale, la Déclaration des droits de l'homme (qui inspire toutes les constitutions modernes), le Code civil (Napoléon le codifie mais la Révolution en pose les principes), les départements, la conscription nationale, l'idée même de citoyenneté.

Ce qui reste à construire en 1799 : un régime stable, une réconciliation nationale, une économie stabilisée. Ce sera l'œuvre de Bonaparte — avec les compromis, les reculs et les conquêtes que cela implique.

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