Histoire de France · XIXe siècle · République, Empire & Défaite

De la IIe République au Second Empire

De l'espoir républicain à la catastrophe de Sedan — 1848 à 1871

1848 – 1871 République,
Empire,
Défaite

De 1848 à 1871, la France traverse vingt-trois années d'une intensité extraordinaire : une République démocratique écrasée dans le sang, un Empire fondé sur le plébiscite, une modernisation économique sans précédent, des victoires militaires brillantes suivies d'une défaite catastrophique. En septembre 1870, à Sedan, un Empereur de France est fait prisonnier sur un champ de bataille pour la première fois depuis François Iᵉʳ à Pavie. L'humiliation est totale. Elle ouvrira une blessure nationale qui ne se refermera qu'en 1918.

Repères 1848 – 1871

IIe RépubliqueFév. 1848–déc. 1852 · Suffrage universel masculin
Coup d'État2 décembre 1851 — date symbolique d'Austerlitz
Second Empire2 déc. 1852 – 4 sept. 1870
Haussmann1853–1870 · Transformation totale de Paris
Nice & SavoieAnnexées en 1860 — derniers gains territoriaux
Sadowa 1866Prusse bat l'Autriche — Napoléon III pris de court
Sedan2 sept. 1870 — Napoléon III prisonnier
Francfort 1871Alsace-Lorraine cédée · Indemnité de guerre
Fév.–déc. 1848 IIe République Espoir · Juin sanglant
1852–1860 Empire autoritaire Ordre · Modernisation
1860–1870 Empire libéral Réformes · Fragilité
1870–1871 Guerre & Défaite Sedan · Francfort

La IIe République — L'Espoir Brisé

La révolution de février 1848 proclame la République dans un élan d'enthousiasme. Le gouvernement provisoire, présidé par le poète Lamartine, prend des mesures historiques : suffrage universel masculin (9 millions d'électeurs du jour au lendemain), abolition de l'esclavage dans les colonies (Victor Schoelcher), liberté de la presse et de réunion, création des ateliers nationaux pour employer les centaines de milliers de chômeurs parisiens.

🏛 Les Acquis Immédiats de Février 1848

Le 4 mars 1848, le décret sur le suffrage universel masculin est le plus révolutionnaire des actes du gouvernement provisoire. En une journée, la France passe de 250 000 à 9 millions d'électeurs. Pour la première fois, des ouvriers, des paysans, des artisans ont le droit de vote. Cette décision est irréversible — tous les régimes suivants devront composer avec elle.

L'abolition de l'esclavage (27 avril 1848), rédigée par Victor Schoelcher, libère quelque 250 000 esclaves dans les colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Guyane, Réunion). La France avait déjà aboli l'esclavage en 1794, rétabli par Napoléon en 1802. Cette fois la décision sera définitive.

⚔ Les Journées de Juin 1848 — La Fracture Sociale

Les ateliers nationaux, créés pour absorber le chômage, emploient en juin 1848 plus de 100 000 personnes à Paris dans des travaux improductifs. Le coût devient insupportable pour le gouvernement conservateur. Le 21 juin, l'Assemblée décide de les fermer — les ouvriers sont invités à rejoindre l'armée ou à partir cultiver les Landes. Ils se soulèvent.

Pendant quatre jours (23–26 juin), les quartiers populaires de Paris sont couverts de barricades. Le général Cavaignac réprime l'insurrection avec une brutalité qui choque l'Europe : 1 500 insurgés tués dans les combats, 12 000 arrêtés, 4 000 déportés en Algérie. L'archevêque de Paris est tué en tentant de servir de médiateur.

Ces journées creusent un fossé durable entre le mouvement ouvrier et la République bourgeoise. Marx y voit la confirmation de sa théorie des classes. La République devient nettement plus conservatrice après juin 1848.

L'Élection Présidentielle de Décembre 1848

La Constitution de novembre 1848 crée un président de la République élu au suffrage universel pour quatre ans, sans possibilité de réélection immédiate. En décembre, Louis-Napoléon Bonaparte est élu avec 74 % des voix — soit 5,4 millions de suffrages contre 1,4 million pour Cavaignac. Ce score stupéfiant s'explique par le prestige du nom Napoléon dans les campagnes, le désir d'ordre après les journées de Juin, et le soutien des conservateurs qui croient pouvoir le manipuler.

Adolphe Thiers, parlementaire conservateur, résume l'état d'esprit de ces milieux avec une arrogance qui lui coûtera cher : « C'est un crétin qu'on mènera. » Louis-Napoléon n'est ni crétin ni manipulable.

Le Coup d'État du 2 Décembre 1851

⚔ 2 Décembre 1851 — « La nuit de Saint-Cloud »

Incapable d'obtenir une révision constitutionnelle qui lui permettrait d'être réélu, Louis-Napoléon organise méticuleusement son coup d'État. Il choisit la date du 2 décembre — anniversaire d'Austerlitz (1805) et du sacre de Napoléon Iᵉʳ (1804) — pour son symbolisme.

Dans la nuit, les troupes fidèles occupent les points stratégiques de Paris. L'Assemblée nationale est dissoute par décret. Les principaux chefs républicains (Victor Hugo, Thiers, Changarnier) sont arrêtés ou mis en fuite. Quelques barricades républicaines s'élèvent sur les Grands Boulevards — elles sont écrasées par la cavalerie le 4 décembre dans un massacre qui choque profondément (150 civils tués).

Un plébiscite organisé le 20 décembre approuve le coup d'État par 7,5 millions de voix contre 640 000. Victor Hugo, exilé à Bruxelles puis à Jersey, commence la rédaction des Châtiments et de Napoléon le Petit — pamphlets fulminants contre ce qu'il appelle le crime de Louis Bonaparte. Il restera en exil dix-neuf ans.

Il y a des moments où l'on doit être le représentant de Dieu, et il y a des moments où l'on doit être le représentant du peuple. Je suis ces deux choses.

— Napoléon III, justifiant son coup d'État par le plébiscite populaire

Le Second Empire — Napoléon III

Napoléon III — Louis-Napoléon Bonaparte
Neveu de Napoléon Iᵉʳ · Modernisateur · Sedan
Président 1848 · Empereur 1852–1870 · né 1808

Né en 1808, fils de Louis Bonaparte (roi de Hollande) et d'Hortense de Beauharnais, Louis-Napoléon passe sa jeunesse en exil. Deux tentatives de coup d'État manquées (Strasbourg 1836, Boulogne 1840) le ridiculisent ; la seconde lui vaut six ans de prison à Ham, d'où il s'évade en 1846 déguisé en maçon. Son livre, L'Extinction du paupérisme (1844), révèle un esprit curieux et une préoccupation sociale sincère.

Devenu Président, il gouverne d'abord avec les conservateurs catholiques (le parti de l'Ordre), puis s'en débarrasse par le coup d'État. Le 2 décembre 1852, un an jour pour jour après le coup d'État, il se fait proclamer Napoléon III, Empereur des Français. Le plébiscite donne 7,8 millions de oui.

Son régime est une synthèse originale et instable : autorité personnelle fondée sur le plébiscite (légitimité démocratique), modernisation économique accélérée, politique étrangère active, mais contrôle de la presse et des élections. Il épouse en 1853 la belle et influente Eugénie de Montijo, comtesse espagnole, qui exercera une influence conservatrice sur le régime.

20 avril 1808, Paris
PèreLouis Bonaparte, roi de Hollande
ÉpouseEugénie de Montijo (1853)
Sacre2 déc. 1852
PrisonnierSedan, 2 sept. 1870
Mort9 janv. 1873, exil à Chislehurst (Angleterre)

L'Empire Autoritaire (1852–1860)

Les outils du pouvoir impérial
PresseAvertissements, suspensions, procès — autocensure généralisée
ÉlectionsCandidats officiels · préfets mobilisés · pression administrative
ParlementCorps législatif sans initiative legislative ni budget
PréfetsRelais du pouvoir central dans chaque département
Plébiscites1851 · 1852 · 1870 — légitimité populaire directe
ReligionAlliance avec l'Église catholique — soutien des curés en chaire

Dans sa première phase, le Second Empire est un régime autoritaire assumé. La presse est muselée par un système d'avertissements progressifs pouvant conduire à la suppression. Les élections sont contrôlées par les préfets qui soutiennent les candidats officiels. Le Corps législatif n'a ni initiative législative ni contrôle du budget. Les opposants — républicains, socialistes — sont en exil (Hugo, Ledru-Rollin, Blanqui) ou réduits au silence.

Pourtant, ce n'est pas une tyrannie classique. Le régime est populaire dans les campagnes, qui y voient le garant de l'ordre, de la propriété et de la gloire nationale. Les paysans — la majorité de la population française — ont voté massivement pour Louis-Napoléon en 1848 et restent fidèles à l'Empire. Dans les villes en revanche, l'opposition républicaine est réelle et croissante.

La Modernisation Économique — La France Industrielle

Le Second Empire est la grande période de l'industrialisation française. L'État joue un rôle moteur : il favorise les investissements, garantit les emprunts, finance les infrastructures. Le résultat est spectaculaire — la production industrielle française double entre 1851 et 1869.

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Chemins de fer
Le réseau triple en vingt ans : 3 500 km en 1851 → 18 000 km en 1870. Facilite les transports de marchandises, de troupes et de voyageurs. Les grandes compagnies (PLM, Nord, Ouest) structurent l'économie nationale.
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Banques modernes
Création du Crédit mobilier (1852, frères Péreire) et du Crédit lyonnais (1863). La banque sort des cercles aristocratiques pour devenir un outil de financement de masse. Les premières succursales bancaires touchent les classes moyennes.
Industrie lourde
Les mines de charbon (Nord, Pas-de-Calais), la sidérurgie (Le Creusot — Schneider), les chantiers navals de Bordeaux et de Saint-Nazaire connaissent un essor sans précédent. La production d'acier quintuple entre 1850 et 1870.
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Grands magasins
Aristide Boucicaut crée le Bon Marché en 1852 — premier grand magasin moderne avec prix fixes, étiquettes visibles, retours acceptés. Le modèle révolutionne le commerce de détail. Zola s'en inspirera pour Au Bonheur des Dames.
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Libre-échange
Le traité Cobden-Chevalier (1860) avec l'Angleterre inaugure une politique de libre-échange — malgré l'opposition des industriels protectionnistes. Abaissement des droits de douane, modernisation forcée de l'industrie.
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Expositions universelles
Paris organise des expositions universelles en 1855 et 1867 — vitrines du dynamisme impérial. Celle de 1867 accueille 11 millions de visiteurs du monde entier. La France se présente comme la capitale de la modernité.

🏛 Haussmann et la Transformation de Paris

Nommé préfet de la Seine en 1853 par Napoléon III, Georges-Eugène Haussmann dirige pendant dix-sept ans le plus grand chantier urbain de l'histoire moderne. Il perce 137 kilomètres de nouveaux boulevards, démolissant des quartiers médiévaux insalubres et tortueusement barricadables (souvenir de 1848). Paris reçoit 600 kilomètres d'égouts modernes, une eau courante pour tous, 600 kilomètres de trottoirs, le bois de Boulogne et le bois de Vincennes, la place de l'Opéra, la nouvelle Sorbonne et des dizaines d'éléments.

La transformation améliore spectaculairement les conditions sanitaires (les épidémies de choléra reculent) et la mobilité — les rails permettent aux marchandises d'atteindre tous les quartiers. Mais la spéculation immobilière chasse les classes populaires vers Belleville, La Villette, Ménilmontant — futurs bastions de la Commune. Les coûts pharaoniques (2,5 milliards de francs) seront reprochés à Haussmann, finalement renvoyé en 1870.

Carte — La France et l'Europe (1848–1871)

Géopolitique du Second Empire

Gains, guerres et défaite — 1848 à 1871

Crimée 1856 Magenta 1859 Sadowa 1866 SEDAN 1870 Siège Paris Empire allemand proc. Versailles FRANCE Angleterre États allemands Prusse Autriche Russie Espagne Italie ALGÉRIE Paris ●

Légende

France
Gains français (Nice, Savoie 1860)
Territoires perdus (1871)
Prusse / Empire allemand
Autriche
Algérie (colonie française)
Victoire française
Défaite / Catastrophe
Événement prussien
En 1852, Napoléon III règne sur la France dans ses frontières de 1815. L'Allemagne est encore morcelée en États indépendants. L'Autriche est la première puissance de l'Europe centrale. La Prusse est en train de monter.

Carte schématique · évolution des frontières et des zones d'influence

La Politique Extérieure — Gloires et Erreurs

✦ La Guerre de Crimée (1854–1856) — Le Retour de la France en Europe

La France s'allie à l'Angleterre et à l'Empire ottoman pour s'opposer à la Russie qui cherche à s'emparer des détroits turcs. La guerre est la première couverte par la photographie (Roger Fenton) et par des correspondants de guerre. Les combats en Crimée révèlent les failles de toutes les armées — notamment sanitaires : Florence Nightingale révolutionne les soins militaires du côté anglais.

La France et l'Angleterre s'emparent de Sébastopol (septembre 1855) après un siège épuisant. La paix de Paris (mars 1856) replace la France au centre de la diplomatie européenne — c'est Napoléon III qui préside le congrès. La Russie est affaiblie et humiliée. Pour l'Empire, c'est un succès diplomatique et militaire.

✦ L'Italie — Nice, Savoie et la Conscience Inquiète

Napoléon III soutient le Premier ministre piémontais Cavour dans son projet d'unification italienne contre l'Autriche. Après une rencontre secrète à Plombières (1858), il engage la France dans la guerre contre Vienne. Les victoires de Magenta (4 juin 1859) et Solférino (24 juin 1859) ouvrent la Lombardie au Piémont. Napoléon III signe cependant l'armistice de Villafranca sans consulter Cavour — trop ému, dit-on, par l'horreur des champs de bataille (Solférino, 40 000 morts en une journée, inspira Henry Dunant pour la création de la Croix-Rouge).

En échange, la France obtient Nice et la Savoie (1860), après des plébiscites. Ce sont les derniers agrandissements territoriaux de la France. Mais la politique italienne mécontente profondément les catholiques français, car l'unification italienne menace les États du pape — ce qui creuse une fissure durable entre l'Empire et l'Église.

⚔ Le Mexique — L'Aventure Catastrophique (1862–1867)

Napoléon III rêve d'un empire latin catholique en Amérique pour contrebalancer la puissance anglo-saxonne des États-Unis. Il profite de la guerre de Sécession américaine pour intervenir au Mexique, où le gouvernement de Benito Juárez a suspendu le remboursement de ses dettes étrangères. L'archiduc autrichien Maximilien est installé comme Empereur du Mexique en 1864.

L'aventure échoue complètement. La résistance mexicaine est tenace. La fin de la guerre de Sécession (1865) libère les États-Unis qui exigent le retrait français (doctrine Monroe). Les troupes françaises se retirent en 1866–1867. Abandonnés, Maximilien et ses généraux sont fusillés le 19 juin 1867 à Querétaro. Le peintre Manet immortalisera cet épisode dans une toile célèbre. Le prestige de Napoléon III est gravement atteint.

L'Empire Libéral (1860–1870)

À partir de 1860, Napoléon III assouplit progressivement son régime — par conviction libérale réelle ou par calcul politique face aux oppositions croissantes. Le Corps législatif reçoit le droit d'adresser une réponse au discours du trône, puis d'amender le budget. La presse est partiellement libérée. Le droit de grève est légalisé (1864). Les réunions publiques sont tolérées.

Ces libéralisations accélèrent paradoxalement la montée des oppositions. Aux élections de 1869, les candidats républicains obtiennent 3,3 millions de voix contre 4,4 millions aux candidats officiels — la percée est spectaculaire dans les villes. Gambetta, Jules Ferry, Jules Simon émergent comme chefs d'une opposition républicaine moderne. En mai 1870, un plébiscite approuve encore l'Empire à 7,3 millions de voix — mais 1,5 million votent non, et 1,8 million s'abstiennent.

L'Empire, c'est la paix.

— Napoléon III, discours de Bordeaux, 9 octobre 1852 — formule contredite dès 1854 par la guerre de Crimée

La Montée de la Prusse — L'Erreur Fatale

Otto von Bismarck, nommé Premier ministre de Prusse en 1862, poursuit méthodiquement l'unification de l'Allemagne sous hégémonie prussienne par le Blut und Eisen (le sang et le fer). La Prusse bat le Danemark en 1864 (avec l'Autriche), puis retourne ses armes contre l'Autriche à Sadowa (3 juillet 1866) en sept semaines. L'Autriche, battue, est exclue des affaires allemandes.

Napoléon III, malade et hésitant, espère obtenir des compensations territoriales (rive gauche du Rhin, Luxembourg) en échange de sa neutralité. Bismarck l'humilie diplomatiquement à chaque tentative. En 1870, la Confédération de l'Allemagne du Nord regroupe tous les États allemands au nord du Main sous domination prussienne. Les États du sud — Bavière, Wurtemberg, Bade — sont liés à la Prusse par des traités militaires secrets. La France est isolée.

La Guerre de 1870 — La Catastrophe

La crise éclate sur la candidature d'un prince Hohenzollern (famille royale prussienne) au trône d'Espagne. La France y voit une manœuvre pour l'encercler. Après le retrait de la candidature, l'ambassadeur français à Ems demande des garanties supplémentaires au roi de Prusse Guillaume Iᵉʳ — refus poli. Bismarck tronque la dépêche d'Ems pour la rendre insultante et la publie. L'opinion française s'enflamme. Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse.

⚔ L'Armée française face à la machine de guerre prussienne

La France croit pouvoir gagner en quelques semaines. La réalité est un désastre total. L'armée prussienne mobilise en quinze jours (contre six semaines côté français) grâce à son réseau de chemin de fer. Son état-major, dirigé par Moltke l'Ancien, est la meilleure organisation militaire d'Europe. L'artillerie Krupp (acier fondu) écrase les canons français en bronze.

Les armées françaises reculent en Alsace et en Lorraine dès les premiers combats. Le maréchal Bazaine se laisse enfermer dans Metz avec 170 000 hommes (il capitulera le 27 octobre sans combattre — trahison ou incompétence ?). L'armée de secours commandée par Mac-Mahon, avec Napoléon III, tente de débloquer Metz et se retrouve encerclée à Sedan.

⚔ Sedan — 2 Septembre 1870 — L'Humiliation Absolue

Le 2 septembre 1870, encerclé dans Sedan par 200 000 Prussiens, Napoléon III capitule avec 104 000 soldats français. C'est la plus grande reddition militaire de l'histoire de France. L'Empereur, souffrant d'une crise de gravelle aiguë, a voulu mourir au combat — il en a été empêché par ses officiers.

Sa lettre à Guillaume de Prusse : « N'ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu'à remettre mon épée entre les mains de Votre Majesté. » Bismarck le reçoit le lendemain dans une petite maison de tisserand à Donchery. La photographie de cette rencontre fait le tour du monde.

À Paris, la nouvelle provoque l'effondrement immédiat du régime. Le 4 septembre 1870, une foule envahit l'Assemblée. Les républicains Gambetta, Jules Favre, Jules Ferry proclament la République au balcon de l'Hôtel de Ville. C'est la naissance de la Troisième République — qui durera soixante-dix ans.

Le Siège de Paris et le Traité de Francfort

Le gouvernement de la Défense nationale, présidé par le général Trochu, décide de poursuivre la guerre depuis Paris assiégée. Gambetta, parti en ballon de Paris, lève des armées de province. Elles échouent à briser le siège. Paris résiste quatre mois et demi — réduite à manger chats, rats et les animaux du zoo de Vincennes. Le froid et la famine tuent des milliers de civils. Les Prussiens bombardent la ville à partir de janvier 1871.

Le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces de Versailles — suprême humiliation pour la France —, le roi Guillaume Iᵉʳ de Prusse est proclamé Empereur d'Allemagne par les princes allemands réunis. Bismarck a accompli son œuvre. Le IIe Reich est né.

⚔ Le Traité de Francfort — 10 Mai 1871

L'armistice est signé le 28 janvier 1871. Les conditions de paix, négociées à Francfort, sont écrasantes. La France cède l'Alsace et une partie de la Lorraine — dont Metz et ses forges, perdues par la capitulation de Bazaine — soit 15 000 km² et 1,6 million d'habitants. Elle doit payer une indemnité de guerre de 5 milliards de francs-or — la plus grande jamais imposée dans l'histoire jusqu'alors. Les troupes prussiennnes occuperont une partie du territoire jusqu'à son paiement complet (1873).

La perte de l'Alsace-Lorraine est un traumatisme national d'une profondeur que les générations suivantes n'oublieront pas. La Revanche devient l'obsession politique française pendant quarante-quatre ans. Elle sera consommée en novembre 1918.

Bilan — De l'Espoir à la Défaite

24 fév. 1848

IIe République proclamée. Suffrage universel masculin, abolition de l'esclavage.République

Juin 1848

Journées de Juin — insurrection ouvrière réprimée par Cavaignac. Fracture sociale durable.Rupture

10 déc. 1848

Louis-Napoléon Bonaparte élu président à 74 % des voix.Élection

2 déc. 1851

Coup d'État — assemblée dissoute, opposants arrêtés. Plébiscite : 7,5 millions de oui.Coup d'État

2 déc. 1852

Napoléon III proclamé Empereur des Français. Second Empire.Empire

1853–1870

Haussmann transforme Paris. 137 km de nouveaux boulevards, égouts, parcs.Paris

1852–1869

Production industrielle double. Chemin de fer triplé. Grands magasins, banques modernes.Industrialisation

1854–1856

Guerre de Crimée — victoire française. Congrès de Paris — France au centre de l'Europe.Victoire

1859

Magenta & Solférino — victoires en Italie. Naissance de la Croix-Rouge (Dunant).Italie

1860

Nice et Savoie annexées après plébiscite. Derniers gains territoriaux français.Gain

1864

Droit de grève légalisé. Internationale ouvrière fondée à Londres (1re Internationale).Social

1867

Mexique — Maximilien fusillé. Echec de l'aventure mexicaine. Prestige impérial atteint.Echec

3 juil. 1866

Sadowa — Prusse bat l'Autriche. Bismarck domine l'Allemagne. Napoléon III pris de court.Tournant

19 juil. 1870

France déclare la guerre à la Prusse — après la manipulation de la dépêche d'Ems.Guerre

2 sept. 1870

SEDAN — Napoléon III prisonnier. 104 000 soldats capturés. Catastrophe totale.Sedan

4 sept. 1870

IIIe République proclamée à l'Hôtel de Ville. Gambetta, Jules Ferry, Jules Favre.République

18 janv. 1871

Empire allemand proclamé dans la galerie des Glaces de Versailles. IIe Reich.Humiliation

10 mai 1871

Traité de Francfort — Alsace-Lorraine cédée, 5 milliards de francs d'indemnité.Défaite

⚜ L'Héritage du Second Empire

Ce qui reste : la France industrielle moderne est en grande partie l'œuvre de Napoléon III. Le réseau ferroviaire, le système bancaire (Crédit lyonnais), les grands travaux de Paris (toujours visibles), le droit de grève, le libre-échange, les expositions universelles — autant d'héritages durables. Napoléon III est le premier chef d'État à avoir compris que la légitimité démocratique (plébiscite, suffrage universel) et la modernisation économique étaient les deux piliers d'un pouvoir durable au XIXe siècle.

Ce qui s'effondre : la politique extérieure, brillante jusqu'à Sadowa, devient ensuite hésitante et finalement suicidaire. Napoléon III, malade, isolé diplomatiquement, mal conseillé, ne voit pas monter le danger prussien. Sa décision de déclarer la guerre en juillet 1870 est la plus lourde erreur de sa carrière.

Ce qui hante la France après 1871 : la perte de l'Alsace-Lorraine structure toute la politique française jusqu'en 1918. La Revanche devient un thème obsessionnel. L'Empire allemand, proclamé à Versailles dans l'humiliation, restera la grande menace jusqu'à la Première Guerre mondiale.

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