Angleterre — XIIe siècle — Guerre de succession — 1135–1154
L'accès d'étienne au trône en 1135 ouvre vingt ans de guerre civile. Contesté par Mathilde l'Emperesse, puis par son fils Henri d'Anjou, il finit par conserver la couronne pour sa seule vie, en reconnaissant Henri comme héritier — offrant ainsi le trône aux Plantagenets.
Petit-fils de Guillaume le Conquérant — dernier roi normand d'Angleterre
Né vers 1096, étienne est le fils d'Adèle de Normandie, fille de Guillaume le Conquérant, et d'étienne-Henri, comte de Blois. Neveu d'Henri Ier Beauclerc, il est élevé à la cour d'Angleterre et bénéficie des largesses de son oncle. Lorsque la mort d'Henri Ier ouvre une crise successorale en 1135, il agit avec une rapidité et une audace remarquables pour saisir la couronne — inaugurant un règne aussi longtemps défendu que jamais pleinement assuré.
Le cadre dynastique explosif
La mort de Guillaume Adelin en 1120 dans le naufrage de la Blanche-Nef avait privé Henri Ier d'héritier mâle légitime. Sa solution — désigner sa fille Mathilde — choquait les barons hostiles à une souveraine et méfiants envers les Anjou de son second mari.
étienne n'est pas l'héritier désigné, mais c'est un homme de réseau, énergique et populaire. Il avait juré fidlité à Mathilde — comme tous les barons — mais brise ce serment avec l'appui de l'église et de la City de Londres.
Son frère Henri de Blois, évêque de Winchester et légat pontifical, est la clé du succès initial. Il donne au nouveau règne une légitimité ecclésiastique indispensable et mobilise l'Eglise d'Angleterre en faveur d'étienne — avant de lui retirer ce soutien en 1141.
La maîtrise du temps politique — Winchester & Westminster
À peine Henri Ier mort à Lyons-la-Forêt le 1er décembre 1135, étienne reproduit exactement la stratégie qu'Henri Ier avait lui-même employée en 1100 : traverser la Manche en hâte, contrôler le trésor à Winchester, puis se faire couronner à Westminster avant que tout concurrent puisse réagir.
Décembre 1135
étienne traverse la Manche depuis la Normandie, arrive en Angleterre et se rend immédiatement à Winchester pour s'emparer du trésor royal. La ville, où réside son frère Henri de Blois évêque-trésorier, lui ouvre les portes. Le trésor est l'instrument du pouvoir : sans argent, pas de fidlité baronniale possible.
22 décembre 1135
étienne est couronné à l'abbaye de Westminster. L'archevêque de Cantorbery, après hésitation, accepte de procéder. La City de Londres et une large partie de l'aristocratie anglo-normande se rallient. Mathilde, en Anjou, n'a pas eu le temps de réagir. étienne est roi — mais son droit reste contestable.
1135–1139
Les premières années du règne sont marquées par des difficultés à tenir les barons. étienne ne possède pas l'autorité personnelle d'Henri Ier : il doit multiplier les concessions. Son pouvoir repose sur des compromis constants plutôt que sur une autorité royale réellement rétablie.
L'héritière désignée — Robert de Gloucester — le débarquement de 1139
Mathilde l'Emperesse — ainsi surnommée parce qu'elle avait été l'épouse de l'Empereur du Saint-Empire Henri V — est la fille légitime d'Henri Ier et l'héritière qu'il avait désignée. Son second mari, Geoffroy d'Anjou, lui avait donné un fils : le futur Henri II. La cause de Mathilde est la cause de la légitimité — mais elle ne sait pas en exploiter les victoires.
Fille unique légitime d'Henri Ier, Mathilde a pour elle le serment juré par tous les grands en 1127. Détermine et énergique, elle n'a pourtant pas la souplesse politique nécessaire pour s'imposer : son attitude hautaine aliène même ses partisans, notamment lors de son entrée à Londres en 1141.
Fils illégitime d'Henri Ier et demi-frère de Mathilde, Robert de Gloucester est l'un des seigneurs les plus puissants d'Angleterre. Son ralliement à la cause de Mathilde en 1138 change la donne militaire : il lui fournit la base militaire et territoriale indispensable au conflit arms.
En septembre 1139, Mathilde et Robert de Gloucester débarquent en Angleterre à Arundel. étienne, au lieu de les capturer immédiatement, laisse Mathilde se rendre chez Robert en Gloucestershire — erreur fatale qui lui permettra de construire une base de pouvoir dans l'ouest du royaume.
Une désagrégation de l'autorité royale — 1139–1148
Le conflit qui suit le débarquement de Mathilde n'est pas une guerre classique avec un front défini. C'est une longue désagrégation de l'autorité royale, où les fidélités changent, les barons profitent du désordre pour fortifier leurs châteaux et étendre leurs pouvoirs locaux. Les chroniqueurs anglais du XIIe siècle appellent cette période « l'Anarchie » (The Anarchy) — formule qui dit tout de l'état du royaume.
Le conflit n'est pas une simple guerre de succession : c'est une longue désagrégation de l'autorité royale, où les fidélités changent, les seigneurs fortifient leurs positions et le royaume perd vingt ans d'ordre administratif en quelques saisons de campsés.
La capture d'étienne — La victoire inachevée de Mathilde
Le 2 février 1141, étienne est battu et capturé par Robert de Gloucester à la bataille de Lincoln. Ce moment semble ouvrir à Mathilde les portes du pouvoir royal. C'est le tournant de la guerre — mais Mathilde va en gâcher le bénéfice par son attitude politique.
Février 1141
étienne est battu à Lincoln et fait prisonnier. Il est emprisonné à Bristol par Robert de Gloucester. Pour la première fois depuis 1135, Mathilde est en position de faire reconnaître son autorité. Henri de Blois, frère d'étienne, prend fait et cause pour Mathilde.
Printemps 1141
Mathilde est reconnue « reine des Anglais » par un concile à Winchester. Elle se dirige vers Londres pour se faire couronner à Westminster. Mais son attitude hautaine et ses demandes financières excessives provoquent une émeute populaire : la City de Londres se soulève, et Mathilde doit fuir en hâte. Une victoire gaspillée.
Automne 1141
Robert de Gloucester est à son tour capturé dans la déroute de Winchester. Un échange de prisonniers est organisé : Robert contre étienne. Les deux adversaires retrouvent la liberté, et la guerre reprend, sans qu'aucun camp ait pu l'emporter définitivement.
1148–1153 — Un adversaire d'une tout autre envergure
À partir des années 1140, le centre de gravité du conflit se déplace. Mathilde, épuisée, quitte l'Angleterre en 1148. Son fils Henri d'Anjou — qui porte le nom de Plantagenet — prend progressivement la direction du parti angevin et représente une tout autre menace pour étienne.
Fils de Mathilde et de Geoffroy d'Anjou, Henri représente ce que sa mère n'a jamais pu être : un chef militaire capable, un diplomate habile et un prince déjà maître d'un immense ensemble continental. Sa première expédition en Angleterre (1147) avait échoué ; sa deuxième (1153) change tout.
Le mariage d'Henri et d'Aliénor d'Aquitaine en mai 1152 transforme radicalement le rapport de force. Henri possède désormais un empire continental qui donne à ses revendications anglaises une tout autre dimension. étienne ne peut plus espérer épuiser un adversaire aussi bien doté.
étienne voulait assurer le trône à son fils Eustache, mais l'Eglise refusait de couronner Eustache de son vivant. La mort soudaine d'Eustache en août 1153 ôte à étienne sa dernière raison de se battre. La négociation avec Henri devient inévitable.
La fin de l'Anarchie — Henri II héritier — avènement de la dynastie Plantagenet
Le dénouement vient moins d'une défaite militaire décisive que d'un épuisement général des deux partis et de la disparition d'Eustache. Le traité de Wallingford, conclu à la fin de 1153 et confirmé par le traité de Winchester, règle la succession d'une façon équilibrée : étienne conserve la couronne pour sa vie, Henri est reconnu comme son héritier.
1153
Henri d'Anjou débarque en Angleterre en janvier 1153 avec une force militaire significative. Il remporte plusieurs succès, mais aucun n'est décisif. Les deux armées se font face à Wallingford sans que la bataille éclate : les barons des deux camps refusent de combattre. L'exhaustion est générale.
Août 1153
La mort subite d'Eustache, fils d'étienne, en août 1153, change la donne. étienne perd sa motivation principale pour continuer : sans fils à couronner, la guerre civile n'a plus de sens pour lui. Il entre en négociation directe avec Henri.
Novembre 1153
Le compromis est pragmatique : étienne règne jusqu'à sa mort, Henri lui succèdera. Les terres confisquées pendant la guerre sont restituées, les châteaux illégaux démolis. Le traité est ratifié à Winchester. Dix-neuf ans d'Anarchie s'achèvent par un accord : étienne meurt roi, mais les Plantagenets héritent.
25 octobre 1154
étienne meurt à Douvres moins d'un an après le traité. Il est inhumé à l'abbaye de Faversham qu'il avait fondée. Henri d'Anjou, prévenu en Normandie, traverse la Manche et est couronné Henri II, roi d'Angleterre, le 19 décembre 1154 à Westminster. La dynastie Plantagenet commence.
étienne meurt roi — c'est sa seule victoire formelle. Mais Henri l'emporte dynastiquement. Le règne d'étienne apparaît ainsi comme une longue défense d'un pouvoir pris à la hâte, jamais pleinement légitimé, et dont l'issue finale profite aux Plantagenets.
— Héritage d'étienne de Blois, 1135–1154
Angleterre et Normandie — lieux clés de l'Anarchie
La carte ci-dessous représente schématiquement les deux grandes zones du conflit, ainsi que les lieux clés liés au règne d'étienne et à la guerre civile.