Angleterre — Aquitaine — Orient — 1157–1199

Richard
Cœur de Lion

Duc d'Aquitaine à quinze ans, roi d'Angleterre à trente et un, héros de la Troisième Croisade et bÂtisseur de ChÂteau-Gaillard — Richard est la figure la plus éclatante de l'Empire Plantagenet, dont il incarne à la fois la splendeur et la fragilité.

1157 Naissance à Oxford
1189 Roi d'Angleterre
1191 Victoire à Arsuf & Jaffa
1199 Mort à ChÂlus
01

Richard — Le Roi-Chevalier

Fils d'Henri II et d'Aliénor — prince méridional avant d'être roi

Né le 8 septembre 1157 à Oxford, Richard est le troisième fils légitime d'Henri II Plantagenet et d'Aliénor d'Aquitaine. Son destin bascule tôt : la mort de ses frères aînés le propulse en position d'héritier. Il reçoit l'Aquitaine dans sa jeunesse et y apprend l'art de gouverner avant même de songer à la couronne anglaise.

Richard est profondément méridional par sa culture politique et territoriale. C'est l'Aquitaine — l'héritage d'Aliénor — qui le forme, et non l'Angleterre où il ne passera en tout qu'environ six mois de son règne de dix ans. Il parle l'occitan, patronne les troubadours et est lui-même poète. Sa bravoure militaire est dès lors légendaire dans le Midi bien avant la croisade.

Trois dimensions du personnage

Illustration : duc d'Aquitaine
Dès 1172

Le Duc d'Aquitaine

Installé duc à Poitiers en 1172 à quinze ans, Richard gouverne une province turbulente avec une fermeté remarquable. Il réprime les révoltes de la noblesse gasconné et poitevine, et forge sa réputation militaire dans ces guerres du Midi avant toute autre campagne.

Illustration : croisade
1190–1192

Le Croisé Triomphant

Chef militaire de la Troisième Croisade, Richard s'impose comme le guerrier le plus redouté de son temps. La prise d'Acre, la victoire d'Arsuf et l'accord de Jaffa avec Saladin sont les sommets de sa gloire militaire — un accord qui assure la survie des pèlerins chrétiens à Jérusalem.

Illustration : ChÂteau-Gaillard
Après 1194

Le Défenseur de l'Empire

De retour de captivité, Richard concentre toute son énergie à repousser Philippe II Auguste. Il fait construire en deux ans à peine ChÂteau-Gaillard (1196–1198), forteresse idéale domimant la Seine à Les Andelys, pour protéger la Normandie — et y trouve la synthèse de sa vie : guerre, architecture, défi.

02

L'Aquitaine — La Terre Formative

Poitiers — noblesse turbulente — apprentissage du pouvoir

L'Aquitaine est pour Richard ce que la Normandie fut pour Guillaume le Conquérant : le théÂtre de sa formation politique et militaire. Il y est installé duc en 1172, et y passe l'essentiel de ses années de jeunesse, réprimant les révoltes incessantes d'une aristocratie qui n'accepte pas facilement l'autorité ducale.

1172

L'Installation à Poitiers

Richard est installé duc d'Aquitaine à Poitiers en 1172, à quinze ans. Il y reçoit l'hommage des barons méridionaux et s'installe dans le palais ducal. Sa mère Aliénor, libérée de prison après la mort d'Henri II, y a elle-même régné avec éclat dans les années 1160.

1173–1174

La Révolte Contre Henri II

Richard participe à la grande révolte de ses frères contre Henri II en 1173–1174. Cette décision, soutenue par Aliénor, est écrasée par Henri II. Richard se soumet et revient dans les bonnes grÂces de son père — mais les relations familiales restent tendues jusqu'à la mort d'Henri II.

1174–1189

La Maîtrise de l'Aquitaine

Dans les années 1170–1180, Richard mène des guerres incessantes contre la noblesse de Gascogne, du Périgord et du Quercy. Sa réputation de guerrier impitoyable se construit ici, loin de l'Orient. Les châteaux qu'il assigège, prend et reconstruit dessinent la géographie de son apprentissage militaire.

1188–1189

La Rupture avec Henri II

En 1188–1189, Richard refuse de céder l'Aquitaine à son frère Jean comme le demande Henri II. Il s'allie avec Philippe II Auguste contre son père — trahison que ce dernier apprendra sur son lit de mort. Henri II meurt à Chinon en juillet 1189, brisé par la coalition de son fils et du roi de France.

Richard et la culture occitane : Richard est l'un des rares rois médiévaux à avoir été lui-même poète. Deux chansons lui sont attribuées dont la célèbre Ja nus hons pris, composée pendant sa captivité. Il parle l'occitan, patronne les troubadours et incarne la culture courtoise de l'Aquitaine — héritage direct d'Aliénor et de son grand-père Guillaume IX, premier grand troubadour.
03

L'Avènement (1189)

Couronnement à Westminster — la croisade comme première priorité

À la mort d'Henri II le 6 juillet 1189, Richard devient l'héritier inconteste de la couronne anglaise et des grandes possessions continentales Plantagenetes. Il est couronné à Westminster le 3 septembre 1189. Dès son avènement, une seule idée domine : partir en croisade.

Illustration : couronnement 1189
3 septembre 1189

Le Couronnement à Westminster

Richard est couronné roi d'Angleterre à Westminster. La cérémonie est grandiose, mais Richard n'est pas venu régner en Angleterre : il est venu y lever des fonds pour la croisade. Il vend charges, terres et offices pour financer l'expédition. « J'aurais vendu Londres si j'avais trouvé un acheteur », lui attribue-t-on.

Illustration : Aliénor régente
Régence 1190

Aliénor d'Aquitaine Régente

Avant de partir en croisade, Richard confie de facto la régence d'Angleterre à sa mère Aliénor, libérée de prison à la mort d'Henri II. À plus de soixante-cinq ans, Aliénor gouverne le royaume, surveille Jean sans Terre et négocie plus tard la rançon de Richard avec une efficacité remarquable.

Illustration : Bérengère de Navarre
Mai 1191 — Chypre

Le Mariage à Chypre

Richard épouse Bérengère de Navarre à Chypre en mai 1191, en chemin vers la Terre Sainte. L'île venait de tomber entre ses mains après qu'un aventurier byzantin avait maltraité des naufragés de sa flotte. Richard la conquérit en quelques semaines et la revendra aux Templiers.

04

La Troisième Croisade (1190–1192)

Acre — Arsuf — Jaffa — l'accord avec Saladin

La Troisième Croisade est déclenchée par la prise de Jérusalem par Saladin en 1187. Richard part en 1190, aux côtés de Philippe II de France et de Frédéric Barberousse. C'est l'expédition qui forge sa légende — et qui l'empêche de gouverner son propre empire.

Juillet 1191

La Prise d'Acre

Richard arrive devant Acre en juin 1191 et accélère décisivement le siège qui durait depuis deux ans. La ville tombe le 12 juillet 1191. C'est la première grande victoire de la croisade, qui ouvre la route vers Jaffa et Jérusalem. Philippe II Auguste, jaloux et malade, rentre en France — laissant Richard seul chef de l'expédition.

Septembre 1191

La Victoire d'Arsuf

Sur la côte, Richard remporte la bataille d'Arsuf contre l'armée de Saladin. Sa maîtrise tactique — maintenir la discipline de son infanterie face aux attaques de cavalerie légère — impressionne ses adversaires. Saladin lui-même fait éloge de la valeur de Richard.

1192

La Marche sur Jérusalem — L'Arrêt

Richard s'approche de Jérusalem à deux reprises, mais n'ose pas lancer l'assaut : tenir la ville sans assez de forces serait impossible. C'est l'une des grandes décisions stratégiques de la croisade, prise sous la pression des dissensions entre croisés et de la faiblesse de ses effectifs.

Août 1192

La Victoire de Jaffa & l'Accord avec Saladin

La victoire de Jaffa — lègendaire, Richard combattant à pied sur la plage — contraint Saladin à négocier. L'accord signé le 2 septembre 1192 garantit aux pèlerins chrétiens l'accès aux Lieux Saints pendant trois ans. Richard n'a pas pris Jérusalem mais a assuré la pérennité des états latins.

Saladin et Richard ne se rencontrent pas en personne, mais s'échangent des messages et des cadeaux. Les chroniqueurs arabes comme chrétiens s'accordent à reconnaître en l'autre un adversaire digne — rare hommage dans la guerre médiévale.

05

La Captivité (1192–1194)

La capture par le duc d'Autriche — la rançon — Aliénor libère son fils

Au retour de croisade, Richard tente de traverser l'Europe en incognito. En décembre 1192, il est reconnu et capturé près de Vienne par Léopold V, duc d'Autriche — qu'il avait humilié lors du siège d'Acre. Léopold le livre à l'Empereur du Saint-Empire Henri VI, qui en fait un instrument de chantage politique.

Illustration : capture en Autriche
Décembre 1192

La Capture à Vienne

Richard était en mauvais termes avec Léopold d'Autriche depuis Acre, où il avait fait arracher le drapeau autrichien des remparts conquis. Sa capture représente une revanche personnelle et politique. Retenu dans le chÂteau de Dürnstein puis livré à l'Empereur, Richard passe près de quinze mois prisonnier.

Illustration : la rançon
150 000 marks

La Rançon Colossale

La rançon exigée par Henri VI s'élève à 150 000 marks d'argent — l'équivalent de deux ou trois ans de revenus royaux anglais. Aliénor, à plus de soixante-dix ans, parcourt l'Europe pour réunir la somme, taxe les sujets, mobilise l'église. Elle ramène personnellement Richard à Mayence en février 1194.

Illustration : Jean sans Terre
1192–1194

Jean sans Terre & Philippe Auguste Profitent

Durant la captivité, son frère Jean sans Terre tente de s'emparer du trône d'Angleterre, avec la complicité de Philippe Auguste qui envahit la Normandie. Aliénor tient l'Angleterre, mais l'empire continental est momentanément affaibli. Richard rentre en 1194 et punit Jean avec une clémence ironique.

06

La Défense de l'Empire — ChÂteau-Gaillard

Philippe Auguste — Les Andelys — 1194–1199

De retour en 1194, Richard concentre l'essentiel de son énergie à défendre les possessions continentales contre Philippe II Auguste. Cette lutte, qui occupe ses cinq dernières années, est marquée par la construction d'une des forteresses les plus ambitieuses du Moyen Âge occidental.

Richard ne revient jamais en Angleterre après 1194. Le royaume anglais est géré par des administrateurs efficaces, mais c'est la Normandie, l'Anjou et l'Aquitaine qui monopolisent son attention. Son règne met en lumière une réalité essentielle de l'Empire Plantagenet : le roi d'Angleterre est d'abord un grand prince continental, dont les priorités politiques et militaires sont continentales.

ChÂteau-Gaillard — l'œuvre maîtresse

Photo de ChÂteau-Gaillard
1196–1198 — Les Andelys

ChÂteau-Gaillard

Construit en moins de deux ans (1196–1198) sur un éperon rocheux dominant la Seine aux Andelys, ChÂteau-Gaillard est le chef-d'œuvre militaire de Richard. Trois enceintes concentriques, un donjon à talon incurvé unique en France, une garnison permanente — la forteresse la plus sophistiquée de son époque en Occident.

Illustration : Philippe Auguste
Adversaire principal

Philippe II Auguste — Le Rival

La lutte entre Richard et Philippe Auguste est la grande constante des dernières années du règne. Philippe grignote les marges de la Normandie, Richard répond coup pour coup. En 1198, une trêve est signée. Richard mourant en 1199, Philippe n'a plus d'adversaire à sa taille pour protéger l'empire Plantagenet.

Illustration : règne continental
Un roi absent d'Angleterre

Angleterre : six mois en dix ans

Richard passe en tout environ six mois en Angleterre durant ses dix ans de règne. Le royaume est administré par des justiciers efficaces. Richard lui-même le dit : l'Angleterre est une source de revenus, mais c'est le continent qui est son monde. Paradoxe de ce roi d'Angleterre si peu anglais.

« Ma belle fille » — ainsi Richard appelle-t-il ChÂteau-Gaillard, la forteresse érigée en deux ans sur le roc des Andelys. La vitesse de sa construction, la sophistication de ses défenses et la vue qu'il en avait depuis les falaises disent tout de l'homme qui l'a voulue.

07

ChÂlus & la Mémoire Plantagenet

6 avril 1199 — Fontevraud — le gisant éclatant

Richard meurt le 6 avril 1199 à la suite d'une blessure reçue lors du siège du chÂteau de ChÂlus-Chabrol, en Limousin. Une arbalète tirée depuis les remparts le touche à l'épaule. La blessure s'infecte. Richard meurt dix jours plus tard, à quarante et un ans, après avoir pardonné à son meurtrier. Sa mère Aliénor est à son chevet.

Les sépultures de Richard : Le corps de Richard n'est pas réuni en un seul lieu. Selon la coutume Plantagenet, ses différents organes sont inhumés séparément : son cœur à Rouen (cathédrale Notre-Dame), ses entrailles à ChÂlus, et son corps à Fontevraud, auprès de son père Henri II. Cette dispersion symbolique est aussi une affirmation dynastique : Richard appartient à toutes les terres de l'empire.
Photo du gisant de Richard à Fontevraud
Fontevraud

Le Gisant de Fontevraud

Le gisant polychrome de Richard Cœur de Lion à Fontevraud est l'un des chefs-d'œuvre de l'art funéraire Plantagenet. Il repose auprès d'Henri II et d'Aliénor — la famille qui a construit et défait l'Empire. L'abbaye de Fontevraud est classée UNESCO dans le Val de Loire.

Illustration : Jean sans Terre
Héritage

Jean sans Terre — La Chute de l'Empire

Richard n'a pas d'enfant légitime. Son frère Jean sans Terre lui succède. Mais Jean n'a ni le charisme, ni la compétence militaire de Richard. En 1204, cinq ans après la mort de Richard, Philippe Auguste conquérit la Normandie — effondrement brutal de l'empire construit par les Plantagenets.

Illustration : mémoire Richard
Mémoire & légende

La Légende du Roi-Chevalier

Richard est l'un des rares souverains médiévaux dont la légende n'a jamais cessé. Robin des Bois, les chroniques arabes et chrétiennes, la littérature romantique — tous ont contribué à faire de Richard le symbole du chevalier idéal, mêlant bravoure, gloire et destin tragique.

08

Carte — Richard dans l'Empire Plantagenet

Les quatre blocs territoriaux — les lieux de sa vie

La carte ci-dessous représente schématiquement les quatre grands blocs de l'Empire Plantagenet et les lieux clés liés au parcours de Richard, d'Oxford à Poitiers, de Jaffa à Fontevraud.

Angleterre
Normandie
Anjou, Maine & Touraine
Aquitaine & Poitou
Lieux clés du règne
Villes principales